Le voyage à Berlin 2025

Erasmus + à Berlin : mémoires et démocratie :
Ambiance animée dans une grande cuisine d’un vaste appartement de la banlieue berlinoise : des élèves allemands et français s’affairent pour préparer un repas. Certains épluchent des pommes, d’autres hachent des légumes ou font frire de la viande. Tout ceci se fait avec des rires et des échanges bilingues pas toujours totalement assurés : l’essentiel est que le message passe ! L’objectif est d’apprendre à se connaître. C’est la première fois que les élèves du Primo Levi Gymnasium de Berlin-Weißensee rencontrent ceux du lycée Alain. Le thème du programme étant les mémoires, des élèves allemandes ont même proposé une recette de gâteau traditionnel de grand-mère, une madeleine de Proust à la sauce berlinoise… Impossible toutefois de faire tenir 38 élèves dans la cuisine. C’est pourquoi d’autres élèves ont choisi de faire connaissance par le jeu. Comment dit-on « loup garou » en Allemand ?
Une fois que les légumes mijotent et que le gâteau est au four, le groupe se rassemble dans la grande salle autour d’Udo Jeschke qui va partager son expérience de vie en RDA. Septuagénaire dynamique, il a gardé une allure quelque peu juvénile, en arborant une longue natte qui rappelle une jeunesse engagée. Il partage simplement son passé de combattant de la liberté. Son message est plein d’espoir mais il met aussi les jeunes en garde face aux dangers actuels que représente le risque d’un retour à la dictature. Il a connu la prison en raison de ses prises de position : agiter un drapeau tchécoslovaque au moment du printemps de Prague peut coûter cher en RDA. Refuser que ses enfants suivent une formation au maniement des armes à l’école va provoquer son emprisonnement. La RFA va finalement le racheter contre une grosse somme d’argent. Les questions que les Français avaient préparées s’enchaînent. Les propos d’Udo sont brillamment traduits en français par les élèves allemands.
Après cet échange, le repas prolonge les discussions par un moment de convivialité. Si les 3 kg de riz sont un peu trop cuits, les légumes et le gâteau sont excellents.
L’après-midi est consacré à un travail de réflexion sur le rôle des témoignages et sur les mémoires familiales. Les groupes bi-nationaux s’organisent ; certains dans les chambres, d’autres dans le jardin. On essaie de se comprendre pas seulement du point de vue linguistique. Comment traduire des ressentis, des expériences liées à des vécus différents ? Des vidéos franco-allemandes sont produites sur des sujets parfois sensibles...mais il est bon d’en parler.
La journée se terminera par la visite du musée sur la RDA qui visualise par des objets la vie quotidienne dans ce pays. Le mémorial du mur de Bernauerstraße visité le lendemain concrétise la frontière qui a défiguré la ville pendant 28 ans.

La veille, les lycéens alençonnais avaient fait une première découverte de Berlin-ville mémorielle. La capitale est marquée par un passé compliqué. De nombreux lieux de mémoire attestent d’une volonté de ne pas oublier : la « neue Wache » ( nouvelle garde) dédiée aux victimes des systèmes totalitaires et des guerres, le mémorial de l’autodafé des nazis perpétré devant l’Université, les mémoriaux de la Shoah et de l’extermination des Tziganes. Certains font débat comme celui qui commémore l’armée soviétique qui a libéré la ville des nazis : on y découvre 2 chars T34 fièrement installés devant une statue gigantesque d’un soldat soviétique.
Berlin a même reconstitué l’ancien palais impérial pour faire disparaître une horreur construite par la dictature communiste. Les Alençonnais participent à l’exposition interactive « Berlin Global » qui veut montrer l’ouverture de la ville sur le monde pour ne pas oublier son caractère cosmopolite déjà ancien.
La visite du Primo Levi Gymnasium est aussi au programme. Curieux, de pouvoir pénétrer dans un établissement scolaire sans aucune surveillance ! On y accueille des élèves de 11 à 19 ans ce qui donne une animation particulière à la cour de récréation !

Accompagné de quelques élèves allemands, le groupe se rend aussi à la prison de Hohenschönhausen. Un ancien prisonnier, très marqué par son expérience traumatique, nous fait la visite. Il s ‘agissait d’un centre d’internement et d’interrogatoire pour préparer les procès des
prisonniers politiques. Notre témoin a reçu 22 impacts de balles lors d’une tentative de fuite de son pays. Il passera 180 jours dans une cellule d’isolement. Celles-ci sont dans un noir complet avec des murs circulaires pour ne pas se repérer et capitonnées pour éviter les suicides : le cauchemar. On a parfois du mal à comprendre les propos confus de notre guide, mais n’est-ce pas là une expérience indicible ? Tout le monde a néanmoins compris l’essentiel : vive la démocratie !
A la tombée du jour, la visite de la coupole du Reichstag donne un certain réconfort. On surplombe l’assemblée nationale allemande, le Bundestag. Ce phare de la liberté qui éclaire la ville rappelle par sa structure vitrée l’importance de la transparence et du débat pour garantir la liberté. Mais les élèves qui gravissent la coupole en perçoivent aussi toute la fragilité.
Le séjour a aussi été marqué par des moments beaucoup plus légers. Le spectacle au Friedrichstadtpalast en est certainement le point d’orgue. Cette salle propose depuis plus d’un siècle des spectacles hauts en couleurs , symboles des folles nuits berlinoises ! Paillettes, pirouettes, on danse, on chante beaucoup dans « Blinded by delight ». C’est parfois un peu dénudé mais tout le monde ressort impressionné par la prouesse artistique.
Le quotidien est aussi marqué par les tâches de la vie quotidienne puisque le choix a été fait de vivre en appartement. Courses XXL pour 22 personnes, confection des sandwichs ou des repas (omelettes à 64 oeufs !), ménage. Tout se fait dans une atmosphère détendue. Des temps de jeu et de veillée sont aussi organisés.
La sortie à Potsdam a été l’occasion de s’extasier devant le patrimoine mondial de l’UNESCO : le château de Sans-Souci démontre l’ouverture d’esprit de Frédéric II. Le temps radieux souligne la majesté des jardins. Les mémoires, c’est aussi se souvenir des belles choses et entretenir le patrimoine qui leur est rattaché.
Découvrir une ville se fait par l’observation et les rencontres. Vue magnifique à 130 mètres au-dessus de Alexanderplatz depuis le ParkInn, marche le long de East Side Gallery pour se laisser émouvoir par les oeuvres d’art recouvrant le reste du mur le plus long . Un rallye dans le Scheunenviertel révèle la beauté de l’ancien quartier juif, dans une ville souvent marquée par l’architecture monotone des reconstructions d’après-guerre. Déguster un Döner Kebab, une invention berlinoise, sur une terrasse à Kreuzberg est aussi un moyen de comprendre les inégalités sociales, touchant notamment des populations d’origine étrangère. Interviewer des passants pour réaliser des vidéos de présentation des quartiers est une façon de mieux comprendre la population… et de pratiquer la langue de Goethe dans des conditions parfois difficiles.
6 jours intenses pour vivre l’Europe. Se rendre compte de la diversité des parcours historiques, des mémoires variées. Mais percevoir aussi une soif commune de liberté. Les jeunes ont le sentiment d’une proximité aisée avec leur partenaires allemands, d’une citoyenneté commune à construire ensemble. Le passé nous rappelle que la paix et la démocratie sont des trésors fragiles qu’il faut défendre au quotidien.

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